Avortements en série : et si c’était la fièvre Q ?
Sur l’exploitation de Mickaël Treton (Mayenne), une série d’avortements en milieu et fin de gestation a mis en évidence la fièvre Q dans le troupeau laitier. Souvent asymptomatique, cette maladie peut d’abord dégrader la reproduction à bas bruit, avant de se manifester brutalement sous forme de série abortive. Décryptage avec Marie-Agnès Thomas, vétérinaire à la clinique du Lac (Javron-les-Chapelles).
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Chez Mickaël Treton, éleveur à Saint-Pierre-des-Nids en Mayenne (53), une vague d’avortements s’est soudainement déclenché dans le troupeau laitier, systématiquement en milieu et fin de gestation. Sur les conseils de sa vétérinaire, l’éleveur fait réaliser des analyses. Tombe alors le diagnostic de la fièvre Q, une maladie dont il ignorait presque tout… passée jusque-là sous les radars.
Avant la vague d’avortements, l’éleveur avait déjà noté un décrochage. « Avec le recul, je me rends compte que c'est la fièvre Q qui empêchait d'avoir des bons taux de réussite en première et deuxième IA », confie-t-il. Pour Marie-Agnès Thomas, vétérinaire à la clinique du Lac (53), le scénario est typique : « Là où la maladie est installée, il y a fréquemment des problèmes de fertilité. Sur cette exploitation, par exemple, cela se traduisait par des retours en chaleur répétés, alors que la repro était historiquement correcte. »
Les analyses complémentaires confirment la fièvre Q
Dès les premiers avortements, l’éleveur effectue une déclaration, obligatoire dans le cadre du suivi brucellose. « J’ai prescrit des analyses complémentaires comme nous le faisons toujours lorsque la série abortive est importante », indique Marie-Agnès Thomas. BVD et néosporose sont écartés, et les résultats orientent le diagnostic. « Dès les premiers retours, on s’est vraiment focalisé sur la fièvre Q. Beaucoup de vaches étaient assez fortement séropositives. Les prélèvements sur le col destinés aux tests PCR ont confirmé la maladie. »
Marie-Agnès Thomas incite le laitier à agir en vaccinant : « Dans cette situation, si on ne fait rien il faut s’attendre à subir des avortements tout le temps, avec une forte circulation de la bactérie Coxiella burnetii chez les génisses. On n'a pas d'immunité qui se met en place. Ne rien faire voudrait dire laisser la maladie sévir dans l'exploitation. En plus, elle est très tenace dans l'environnement. »
Une maladie transmissible à l’homme
Très contaminante, Coxiella Burnetii se diffuse via les sécrétions et les fèces. Elle est particulièrement présente lors des vêlages ou des avortements. Elle peut survivre longtemps dans les poussières et affecter les animaux… mais aussi les humains, qu’elle peut rendre malade, et parfois gravement.
En complément de la vaccination, éliminer au plus vite les placentas, isoler les avortées et limiter les contacts est indispensable. Pour protéger sa santé, éviter de transporter la bactérie sur sa cote, ses bottes ou du matériel souillé, la vétérinaire recommande le port de protections et une hygiène stricte : « Casaque, blouses, gants… tous les consommables utilisés à l’occasion des vêlages doivent être à usage unique », rappelle-t-elle. La désinfection des cases et du matériel d’obstétrique doit être systématique. Au-delà de ces mesures, la vaccination régulière et le renouvellement sont les seuls deux leviers vraiment efficaces pour assainir le troupeau.
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